| | | | | Date : | 20/11/2002 | | |
Partant du principe où une langue est véhicule de civilisation, elle est ainsi plus qu’un moyen de communication. En effet, c’est ce qui permet de se comprendre, de se situer et de vivre ensemble.
Si le bilinguisme est le refus du repli sur soi, le plurilinguisme est celui de l’ouverture sur le monde. Dans un contexte international, la reconnaissance de la pluralité linguistique offre une chance de dialogue et doit être vécue comme un enrichissement et non une division. Le plurilinguisme est par conséquent un inestimable atout voire une nécessité pour réussir dans un monde où triomphent les échanges.
Une politique d’éducation devrait de la sorte passer par la mise en place d’un véritable enseignement plurilingue dans les Ecoles Primaires et Collèges. Ceci n’est toutefois réalisable sans pour autant passer par une volonté politique affirmée au niveau de Ministère de l’Education Nationale et une prise en charge par chaque Ecole concernée.
Actuellement, l’anglais et le français peuvent prétendre jouer un rôle vraiment supra-national. Ces deux langues sont réparties sur les cinq continents et sont présentes dans la plupart des instances internationales, ce qui n’est guère le cas ni de l’espagnol, ni de l’arabe, encore moins du russe et du chinois.
Pourquoi le choix de l’anglais ?
Bien que l’institution de la langue anglaise dans les pays qui ont subi la colonisation britannique ou américaine soit inégale, il n’en demeure pas moins que l’on est devant un ensemble géolinguistique le plus important, tant par le nombre de locuteurs concernés que par la dispersion desdits locuteurs sur la planète.
En outre, cette même langue présente une structure grammaticale pas trop complexe, facile d’accès et d’utilisation qu’on pourrait même presque parler de ‘’colonisation américaine économique’’ dans le monde.
La langue française, quant à elle, bénéficie de la meilleure dispersion démolinguistique après l’anglais.
Ce n’est qu’au cours du XX ème siècle seulement que la langue anglaise a acquis le statut de première langue internationale. Elle est devenue, à l’échelle planétaire, ce qu’était le français au Moyen Age dans le monde méditerranéen.
Aujourd’hui, 5 pays, à savoir l’Afrique du Sud, le Canada, les Etats-Unis, l’Irlande, La Nouvelle Zélande, le Royaume-Uni, revendiquent l’anglais comme étant une langue maternelle. Un ensemble qui compte environ 307 millions de locuteurs réels pour un potentiel de 372 millions de personnes.
Ailleurs, l’anglais ne constitue pas la langue maternelle d’une fraction importante de la population. Toutefois, tenant compte de tous les locuteurs ayant l’anglais comme langue maternelle en Afrique, Inde et Océanie, le total des locuteurs dépasse largement les 307 millions.
Avant de vouloir le soumettre et l’imposer, ayons un bref aperçu sur le statut de l’anglais dans le monde.
L’anglais jouissant d’un statut de langue officielle
L’anglais est enseigné comme langue officielle ou co-officielle de 61 Etats et 53 pays dans le monde(*). Et à ce titre, il est parfois enseigné dès l’Ecole Primaire.
- En Amérique, il est l’unique langue officielle de 14 Etats souverains dont les Etats-Unis, Antigua et Barbuda, les Bahamas, la Barbade, le Belize, la Dominique, la Grenade, la Guyana, la Jamaïque, Saint-Vincent et Grenadines, Sainte-Lucie, les Iles Saint-Christophe-et-Névis, Trinité et Tobago, les Iles Vierges Britanniques. Dans les pays créolophones qui comptent près de 6 millions de locuteurs, la langue maternelle peut être le créole, l’hindi, l’ourdou, le bengali, le yorouba, l’ibo ou le swahili mais l’anglais reste cependant la langue officielle.
- En Asie, le statut de l’anglais s’avère nettement privilégié, car les langues occidentales y ont rarement maintenu un statut juridique. Ainsi, l’anglais a conservé un statut de langue officielle à Hong Kong (avec le cantonais), au Pakistan (avec l’ourdou), aux Philippines (avec le filipino) et à Singapour (avec le chinois, le malais et le tamoul).
- Sur le Continent Africain, l’anglais est l’unique langue officielle dans 11 Etats tels que le Botswana, la Gambie, le Ghana, le Libéria, le Malawi, l’Ile Maurice, le Nigéria, l’Ouganda, le Siérra Leone, la Zambie et le Zimbabwe.
- En Océanie, l’anglais est la langue officielle de l’Australie, des Iles Fidji, des Etats fédérés de Micronésie, de l’Ile Nauru, de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, les Iles Salomon, les Samoa américaines.
L’anglais jouissant d’un statut de langue co-officielle
- Bien que l’anglais soit co-officiel avec le français au gouvernement fédéral du Canada, il est toutefois l’unique langue officielle de 8 provinces dudit pays. Il est également co-officiel avec l’espagnol à Porto Rico.
- Dans les pays Sud-Est Asiatique, l’anglais jouit d’un statut de langue co-officielle avec une langue nationale. Ainsi, l’Inde, le Pakistan, les Iles Philippines et Singapour comptent environ 970 millions de personnes dont près de 200 millions apprennent l’anglais d’une façon très variable.
Notons toutefois que l’Inde constitue un cas à part depuis l’indépendance. L’anglais est demeuré l’une des langues officielles de l’Etat Fédéral avec l’hindi. Il est co-officiel dans les Etats du Tamil Nadu avec le Tamoul et du Sikkim avec le népali et le bhotia. Il est l’unique langue officielle des Etats de l’Inde d’Arunachal Pradesh, du Meghalaya, du Nagaland. Cependant, ce statut ne révèle pas toute la réalité. Tous les Etats de l’Inde peuvent communiquer en anglais avec l’Etat Central - une pratique adoptée par tous les Etats du Sud et plusieurs Etats du Nord. Pour un grand nombre d’Etats de l’Inde, l’anglais est devenu non seulement une langue administrative prédominante, mais encore une langue diplomatique, une langue d’enseignement, une langue des affaires et du commerce, une langue des médias.
- Sur le Continent Africain, la langue anglaise est co-officielle dans 10 Etats. L’Afrique du Sud (avec l’afrikaans), le Cameroun (avec le français), le Congo-Kinshasa (avec le français), le Kenya (avec le swahili), le Lesotho (avec le sesotho), la Namibie (avec l’afrikaans), le Rwanda (avec le kinyarwanda et le français), les Iles Seychelles (avec le français et le créole), le Swaziland (avec le swazi), la Tanzanie (avec le swahili) et le Zimbabwe.
- En Océanie, 13 Etats sur 17 ont l’anglais comme langue officielle ou l’une des langues officielles à côté d’une langue austronésienne ou papoue. Le Kiribati (anglais-kiribati), la Nouvelle-Zélande (anglais-maori), les Samoa occidentales (anglais-samoan), les Iles Tuvalu (anglais-tuvaluan), le Vanuatu (anglais-français-bichlamar), les Iles Tonga (anglais-tongau).
- A ces pays s’ajoutent l’Ile de Malte et 2 Etats francophones jamais colonisés par les Anglais – le Congo Kinshasa et le Rwanda – qui viennent de basculer du côté anglophone sans avoir quitté pour autant la Francophonie.
On peut donc imaginer l’énorme potentiel que constitue cette formidable masse de locuteurs pour la diffusion de l’anglais pour les années à venir. Certes, celui-ci ne remplace pas les langues nationales, mais son enseignement connaîtra une expansion considérable dans le domaine de l’éducation en général, dans celui de la recherche scientifique, de la consommation des produits culturels et informatiques.
Par conséquent, les langues française et anglaise, dotées déjà de langues internationales, devraient être prises en considération pour une application effective dans les Ecoles. Il va de soi que l’imposition d’un enseignement de ces langues dès l’Ecole Primaire ne devrait pas remettre en cause le dispositif d’initiation à une autre langue vivante telle que l’espagnol ou l’allemand, etc.
Il est donc de la responsabilité du Ministère de l’Education Nationale, en concertation avec les Responsables des Ecoles et Collèges, d’en assurer le cadre et de donner les moyens de son application (recrutement, formation des enseignants, attribution de postes – cf notre dossier ''L’ambition de l’Ecole Malgache '').
Aussi, le service public d’éducation se devait les moyens d’assurer l’enseignement d’une langue nationale et de 2 langues internationales au minimum. Le français et l’anglais devraient être de ce fait enseignés comme des langues co-officielles avec le malgache et ceci dès l’Ecole Maternelle. Il appartiendrait à chaque établissement de définir son propre plan de développement et ses propres modalités d’organisation. Une collaboration inter-écoles et inter-enseignants serait nécessaire dans la plupart des cas. L’Ecole pourrait offrir cette possibilité sous une forme directe ou indirecte (enseignement à distance) dans les meilleures conditions possibles pour tous les élèves de la République Malgache.
Largement prépondérants dans le secteur public, l’anglais au même titre que le français ne devraient plus être enseignés comme de simples langues étrangères. Autrement dit, à moyen terme, tous les élèves des classes de cours moyen nécessiteraient un enseignement de langues autre que le malgache, leur permettant de se préparer à leur future vie de citoyen du monde.
Enfin, afin de pouvoir arriver à bien intégrer une langue internationale au titre de langue officielle, il est recommandé de ne pas pratiquer une politique de rationalisation dans le cadre du programme. En effet, cette mesure risque d’avoir pour conséquence d’ériger, dès l’école, l’hégémonie du français (déjà acquis par la colonisation) au détriment de la diversité linguistique. Une pédagogie dont les dispositifs sont ouverts à l’international s’impose.
(*) Sur le plan démographique, l’on se trouve en présence d’une masse de 1,6 milliard d’anglophones même si rappelons-le, les véritables locuteurs de langue anglaise totaliseraient dans la réalité 350 millions. En 2000 cette masse aura dépassé les 2 milliards.
Sources :
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